La Yema « class » de mon grand-père

7 min de lecture

par R.C. alias JERRY

Bon. Autant te le dire tout de suite, cette montre n’a jamais appartenu à mon grand-père. Et la référence Class n’existe pas dans les collections Yema. Mais alors, pourquoi ce titre ? Touts simplement parce qu’il évoque parfaitement les sensations que j’ai éprouvées en tombant par hasard sur cette montre dans les étalages du plus grand bazar du web. Je me suis empressé de l’acquérir pour un somme très modique. Regarde. Elle ne te fait pas le même effet ?

Regardons cela d’un peu plus près…

Cette montre ne mesure que 35mm de diamètre. Mais comme tu le constateras en parcourant cette revue, la grande ouverture du cadran comme sa simplicité donne vraiment la sensation d’avoir plutôt affaire à une montre de 38 millimètres. L’entrecorne est de 18,5 millimètres. Tout compris, l’épaisseur est contenue dans 7,5 millimètres.

Côté face, il est possible de remarquer tout de suite la couronne, protégée par un léger renfoncement de la boite. C’est un classique. Détail assez séduisant en ce qui me concerne. Oui, j’ai vu aussi le poil de poussière disgracieux sur la photo… raaaah…Je suppose que tu as repéré que cette montre est jaune. Eh oui. C’est de l’or… tu as bien lu… de l’O.R. Enfin… juste du plaqué, hein. D’ailleurs c’est gravé sur la tranche, entre les cornes.
Avec mon petit appareil je ne suis pas parvenu à prendre une photo correcte du poinçon à droite de l’inscription. Rapidement dessiné, il ressemble à ceci (l’inscription étant partiellement effacée, il est impossible de déterminer si la première lettre est un « A » ou un « H ») :Je suis preneur de toute explication permettant de décoder la mention gravée ainsi que le poinçon.

Un petit mouvement sec et déterminé avec le pouce et l’indexe (promis, un jour, je te ferai un « tuto » youtube) permet de retourner la montre sur le dos pour en dévoiler le fond. En acier brossé inoxydable afin d’éviter les effets néfastes de la transpiration (pardon pour ce détail trivial dans une revue aussi distinguée), le fond comporte deux références chiffrées. J’émets l’hypothèse que l’une est la référence du fond, l’autre du modèle. Quant à savoir laquelle correspond à quoi…Allez, il est temps d’ausculter les entrailles de cette respectable vieillerie. On ne sait jamais, elles peuvent peut-être augurer d’un avenir radieux.

Un petit coup de lame de cutter. « Plop ! ». A ma grande surprise, c’est la lunette et son verre plexi qui se détachent en premier.Après avoir observé ce qui me reste entre les mains dans tous les sens, je me risque à glisser une lame de cutter entre le cadran et le fond, et à faire délicatement levier. Le risque majeur est de tordre le cadran et faire sauter la peinture déjà fendillée en surface. ça vient !Je finis en effet par constater que le mouvement est simplement chassé dans le fond et qu’il tient juste par la pression exercée sur les cotés. En haut de la photo ci-dessous, la gorge pour le passage de la tige de remontoir est bien visible.Je sais que tu attends impatiemment des détails sur le mouvement qui anime cette montre. D’abord une vue d’ensemble. Les plus experts reconnaîtront sans doute immédiatement le calibre. L’inscription « 17 jewels Swiss made » gravée sur le pont du barillet est parfaitement lisible. Hmmm un petit nettoyage ne serait sans doute pas superflu.Le retrait du balancier et de son pont permettent d’accéder à l’identification du mouvement, bien cachée. C’est un Peseux 7040. Le site Ranfft, à découvrir d’urgence s’il ne t’est pas déjà familier, m’indique notamment qu’il a été produit à partir de 1968 (ma montre est donc plus récente que je ne l’imaginais), bat au rythme de 21600 alternances par heure, et possède une réserve de marche de 44 heures. Il présente surtout la particularité de n’être épais que de 3,1 millimètres, ce qui le rend parfaitement adapté pour la création d’une montre « habillée ». « Class« , quoi.

Petite interruption en cours de revue. Publicitaire ? Non ! Mais je me préoccupe de ta culture horlogère… Interruption culturelle, donc ! Pour te rappeler, si tu ne le sais pas, que Peseux est l’une des très nombreux fabricants d’ébauches (une ébauche est un mouvement sans les organes régulateurs) à avoir été racheté par le groupe Ebauches S.A. Pour éviter une banale paraphrase, voici l’extrait de l’article Wikipedia :
« L’entreprise est fondée par A. Schild SA, la Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon (FHF) et A. Michel SA. […] Son objectif est de stabiliser les prix de la production suisse tout en maintenant l’indépendance de ses membres. Elle s’opposera à l’exportation des chablons d’un mouvement pour éviter une production de montres à l’étranger sous le label suisse. […] L’ensemble de ses membres fusionneront entre 1978 et 1982 sous la dénomination ETA Fabrique d’Ébauches SA avant d’être renommé en 2003 ETA Manufacture Horlogère Suisse SA au sein du groupe Swatch. » Peseux a rejoint le groupe en 1933. Article wikipedia complet ICI.
Bon, je fanfaronne, mais je n’en savais guère plus que toi avant de me lancer dans cette revue. C’est d’ailleurs ce qui m’amuse dans ce type d’entreprise : tu ne sais jamais où elle va t’emmener.

Un détail m’a intrigué à l’observation rapide de ce mouvement. Le frein de la roue de remontage du barillet possède un double ergot. C’est lui que j’ai actionné pour désarmer le barillet avant d’enlever le balancier. En position normale, ces deux ergots sont insérés être les dents de la roue du barillet. Il faudrait démonter complètement le mouvement pour comprendre cette solution technique originale.Retour côté pile (pile… la bonne blague…), pour nous attarder sur l’atout majeur de cette montre : son cadran. Oh ?! J’ai une pulsion : si je te le montrais en N&B ? Allez, ne sois pas snob. Reconnais qu’il est sublime…Pour faire durer le plaisir, zoom zoom sur quelques détails.
D’abord le logo dans sa si attachante version calligraphiée. La typographie des lettres avec ses pieds discrets manque un peu de précision à cette échelle de grossissement, mais quand même, c’est du bien – très – joli travail.Un étonnant « Swiss made » en bas de cadran. Là encore, la finesse du lettrage est à souligner, malgré quelques irrégularités. Tu devines sur la droite du zoom les fêlures du revêtement. Elles restent heureusement quasiment invisibles à l’oeil nu. Tout au plus une ombre légère.Au premier quart du cadran, en remontant du bas, est inscrite la mention qui fait sérieux. 17 jewels (Ah oui, môôsieur…) Incabloc (pôpôpô). Ça rassure le proprio sur la qualité de sa toquante. Là encore, la typographie est vraiment fine et distinguée. Alors oui, je sais, j’aurais un peu abusé de la fonction « zoom » de mon ordi pour cette revue… Eh mais oh, si ça te dérange tu n’as qu’à aller… Où ? Ben je ne sais pas… Où tu veux, tiens.Dernier détail, mais pas le moindre, regarde-moi ces aiguilles si frêles et gracieuses… Je suis vraiment « fan » de la goutte sur l’aiguille des heures.Pour finir, quelques photos en situation. Pour la circonstance, je lui ai mis un bracelet vernis qui doit bien dater de la même époque. Dans la vraie vie, elle passera sans doute sur quelque chose du même gout mais plus résistant.Je termine évidemment par l’incontournable pocket shot, qui, je te le fais remarquer, souligne la finesse de cette montre, idéale pour les mariages estivaux !Voilà.
Ah non, un dernier truc : j’espère que tu as apprécié le fond décoré du logo Yema en arrière plan de mes photos, réalisé à la mimine, parce que celui-là, je ne suis pas prêt de le refaire !

Allez, Salut.
Jerry

Credit Photos : Jerry