Les conseils d’un collectionneur…

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COLLECTIONNER les MONTRES

(Stan Laferrière janvier 2026)

 

Après 30 ans de passion et de collection, de fortunes et de revers, de trouvailles et de disettes, je vous livre ici quelques réflexions et conseils, acquis avec l’expérience. Je ne détiens pas la vérité absolue évidemment, mais ayant participé à l’écriture de deux ouvrages sur les montres anciennes, fréquenté nombre de marchands et de collectionneurs de tous poils, faisant régulièrement des cotations contractuelles pour Artcurial, Drouot et autres, animant des colloques çà et là, j’ai pensé que ce petit texte pourrait servir à certains-nes.

 

Débuter quel que soit le budget

 

Sans passion, point de collection ! et je cite bien volontiers la maxime du club : « de TIMEX à ROLEX, la passion fera le reste »

Dans toute collection, y compris modeste, on peut trouver des pièces intéressantes (Ici je cite l’expert Parisien Romain Réa). Démarrer avec de petits moyens n’a aucune importance si on reste cohérent dans ses choix. La collection peut évoluer avec le temps, et l’on pourra plus tard accéder à des montres plus « prestigieuses »…

 

Si l’on a pas de budget, ou de tout petits moyens, il faudra se constituer peu à peu un premier « capital » de modèles peu coûteux (30 à 150 euros), que l’on chinera à droite ou à gauche. Cette petite réserve servira dans un premier temps à pratiquer des échanges pour acquérir des pièces plus intéressantes. La passion peut parfois être dévorante, et il est important de dissocier le budget du ménage de celui de la passion…

 

Quelques règles à observer

 

Acheter sur un coup de cœur et réaliser une « mauvaise » affaire financière, cela arrive à tous les collectionneurs y compris les plus avisés, cela est parfois même tout à fait conscient ! Si l’on veut se construire une jolie collection, c’est une chose que l’on ne doit pas faire trop souvent… Voici donc quelques règles à observer si l’on veut avancer sûrement dans la collection :

 

  1. Diversifier

 

La collection ne doit pas être figée. On doit toujours avoir quelques montres « en instance de départ » à échanger ou à vendre, si possible de valeurs variées, afin de pouvoir réagir en cas d’occasion « immanquable ». La collection doit idéalement comprendre des pièces « maîtresses » dont vous ne voulez en aucun cas vous séparer (valeur sentimentale, historique, ou qui constituent un graal à vos yeux), mais également des montres à porter tous les jours sans risques, ça existe en vintage bien entendu, et de très fiables…

 

  1. Revendre, ou échanger, même à regret lorsque l’occasion se présente de monter en gamme.

 

Ne pas hésiter à se séparer d’une montre que l’on pourra retrouver par la suite, pour acquérir un modèle plus difficile à dénicher. Souvenez-vous qu’en matière de collection, rien n’est véritablement introuvable, la patience sera toujours votre meilleur allié.

 

  1. Privilégier la qualité ou la réputation du mouvement qui équipe la montre convoitée, quelle que soit sa marque.

 

Le mouvement est la pièce maitresse d’une montre. Il existe des montres de marques prestigieuses avec des mouvements certes de qualité, mais parfois ordinaires (certaines Breitling, Omega, voire Blancpain…). A contrario, on trouve des montres anonymes ou de marques inconnues, avec de très beaux mouvements… Donc, avant de vous cultiver sur les marques, apprenez à reconnaitre les beaux mouvements…

 

  1. Éviter les montres trop « fantaisie » et les montres « poudre aux yeux ».

 

Une montre « classique » ou « technique » (plongée, pilote), en acier ou en or, avec un beau mouvement de manufacture, sera toujours un bon placement et facilement revendable.

Évitez autant que possible (ou achetez en connaissance de cause) les formes trop curieuses (années 70), le quartz (surtout dans les grandes marques), le plaqué or, le chrome sauf s’ils sont en parfait état (ils s’oxydent et vieillissent mal). Mais aussi les marques « non-manufacture » comme Givenchy, Ferrari, Vuitton, ou toute autre marque qui ne « fabrique pas », vous payerez souvent la griffe et rarement l’horlogerie, et serez déçus au moment d’une éventuelle revente… (Cette observation, qui n’engage que moi, n’a pas pour but de décourager les amateurs de ces modèles, mais plutôt de les avertir)

 

  1. Privilégier un état cosmétique impeccable !

 

Le mouvement peut souvent se réparer assez facilement avec un bon horloger, mais l’état du boitier et la patine du cadran doivent être impeccables et homogènes ! La réfection d’un boitier ou d’un cadran est très onéreux, et altère substantiellement à la baisse, la valeur de revente. Les montres dans leur état d’origine avec une patine homogène, doivent constituer le cœur de vos recherches.

 

  1. Avoir un ou plusieurs thèmes de collection.

 

  • Le style : Montres de ville, montres militaires (WWI ou WWII), plongée, à complications (Alarme, phases de lunes, calendrier, chronographes etc…)
  • La période : Années 20-30, années 50, 60, 70…
  • La marque : certains ont une marque de prédilection, et cela peut être un bon thème.

 

  1. Être patient ! et se cultiver ou se renseigner avant d’acheter.

 

Les « mauvaises affaires » viennent souvent du fait que l’on achète sans connaitre le modèle, sa côte, sa production, ses spécificités… Alors renseignez-vous bien avant d’acheter, ou prenez conseil auprès de spécialistes (qui souvent ne sont pas horlogers… 😉. J’ai en mémoire nombre d’horlogers dans les années 90, lorsque je chinais la marque LIP : la plupart d’entres eux considéraient négativement la marque, alors que 80% des brevets de l’horlogerie moderne internationale proviennent des ateliers LIP…

 

Les mouvements

 

Je le répète, le mouvement est la pièce la plus importante de votre montre, il lui confère sa valeur.

 

De mon point de vue, Il doit être mécanique, à remontage manuel ou automatique. Il faut que cela vive et que l’on entende « Tic-tac »… Le quartz est à mon sens moins noble, et ne peut être considéré comme de l’horlogerie à proprement parler…

 

Il existe cependant dans les années 50 et 60 quelques tentatives intéressantes de mouvements « à assistance électrique » : Ce sont pour la plupart des mouvements mécaniques (donc horlogers), dont le balancier n’est pas lancé par un ressort (comme les mouvements manuels ou automatiques), mais par l’intermédiaire d’une pile ou autre système. Je pense aux calibres LIP R148 (sans date) et R184 (avec date), produits de 1962 et jusqu’en 1970, et qui sont électromécaniques. Le prototype à deux piles de ce modèle est présent dans une montre assez rare nommée R27 (1958).

 

Avant Lip, la firme Bulova avait sorti aux États-Unis en 1960 le mouvement à diapason 214 accutron qui révolutionne alors l’industrie horlogère (Hamilton également aux U.S, avait ouvert le bal en 1957 avec le Hamilton 500 à bobine mobile). En 1961 ce sera le Landeron 4750 suisse de Ébauches S.A, et en 1966 le Japonais Citizen avec son X.8.

 

Pour éventuellement guider vos choix, voici quelques marques de mouvements mécaniques (on dit « calibres ») réputées et pas forcément hors de prix (Suisses en majorité…) :

Valjoux, Landeron, Eta, Buren, Vénus, Lemania, AS (qui équipe les montres à alarme et certaines montres automatiques)

De nombreuses grandes marques Suisses équipent une partie, ou la totalité de leurs modèles avec des calibres de ces manufactures. On parle d’Omega (Lemania) ou de Breitling (Valjoux, Buren, Vénus), par exemple.

 

Il existe certaines marques qui fabriquent elle-même leurs calibres, souvent à leur usage exclusif. Comme Eterna, Zénith, Jeager-Lecoultre, Lemania. On appelle cela des calibres « manufacture ».

 

Il faut évidemment citer dans cette catégorie, les marques très prestigieuses (et souvent hors de portée de la plupart des bourses), que sont Patek Philippe, Vacheron-Constantin, Rolex, Audemars-Piguet, etc…

 

Certaines marques « panachent », et équipent leurs modèles, soit avec leurs propres calibres, soit avec des calibres d’une autre manufacture. C’est le cas chez LIP par exemple (Le fameux T18 est un calibre LIP, de même que le R25 ou le R148).

 

Souvent lorsqu’une grande marque utilise un calibre qui ne sort pas de ses propres ateliers, il en modifie certaines pièces. Dans ce cas on parle d’un calibre « base ».

 

Quelques exemples de calibres rares et recherchés et qui peuvent équiper des montres de marques peu connues :

Valjoux 92 (Chrono bi-compax), Valjoux 72, Zénith El Primero (Chronos tri-compax)

LIP R.0.16 (mécanique début années 60 très peu fabriqué) et à ma connaissance uniquement monté dans des LIP « technic » et « Nautic » mécanique).

Omega/Lemania 321 (qui équipe les premiers « Speedmaster»)

 

On peut retrouver dans des montres actuelles, des calibres anciens qui ont évolué et d’autres qui sont apparus plus récemment, et qui sont des références de qualité et de fiabilité, comme le ETA 28-24, le Valjoux 7750, ou encore le NH 35 de Seiko, qui rappelons-le, est une des plus anciennes marque de l’horlogerie mondiale…

 

Acheter neuf ou vintage ?

 

La réponse à cette question n’est pas simple, et là encore, c’est affaire de goût et de sens que l’on veut donner à sa collection, mais aussi de l’usage que l’on fait de ses montres.

 

Le vintage demande plus de recherche et de culture, les montres sont parfois plus fragiles (pas de protection de balancier avant les années 40). La côte peut en revanche monter rapidement selon les modèles et les modes.

 

Le neuf est plus « hasardeux au niveau du « placement », il faut privilégier les séries limitées, ou les modèles produits en petite quantité, pour espérer voir la côte grimper (ce qui prendra souvent du temps, en moyenne entre 10 et 20 ans). Les montres neuves se portent plus facilement tous les jours et cela peut attirer les néophytes qui sont juste amateurs de belles montres.

 

Pour les détracteurs du vintage, on peut signaler que certains mouvements mécaniques et automatiques comme les Valjoux ou Eta, sont très fiables depuis les années 60 et peuvent donc se porter tous les jours sans aucun risque !

 

On peut évidemment panacher le vintage et le neuf pour varier les plaisirs…

 

L’entretien

 

Contrairement à ce que l’on pense souvent, une montre, y compris vintage, n’a pas forcément besoin d’entretien (il suffit souvent d’une petite révision tous les 10 ans). Le meilleur entretien pour une montre, c’est de la porter régulièrement, afin que les huiles ne se figent pas… Si vous avez entre 10 et 50 montres, portez-les à tour de rôle… Il faut cependant les stocker à l’abri de l’humidité et du soleil.

 

Le petit coffre à la banque est une bonne solution si vous gardez quelques montres à porter en alternance à portée de mains !