YEMA. Un homme une marque. (Partie III)

25 min de lecture

Partie III
Une marque française qui résiste !
Par R.C. alias JERRY

Note : Si vous avez manqué la Partie I, c’est par ici : Henry-Louis Belmont, le destin d’un homme ; et si vous êtes passé à côté de la partie II, c’est par là : Une marque dans la tourmente

YEMA Maison Horlogère Française 1948 : le temps des désillusions

Les vingt années qui nous séparent de la création de la filiale autonome YEMA SA par HATTORI en 1995, et de la nomination à sa tête de Louis-Eric Beckensteiner (voir la Partie II, Une marque dans la tourmente), sont assez difficiles à reconstituer de façon précise. Les sources se tarissent et il devient laborieux de croiser les informations. Il reste toutefois possible de renouer les fils chronologiques de l’histoire.

Citons d’abord ci-dessous le dossier de presse de 2008[1] :

 « 1996… la Compagnie Générale Horlogère s’arrête ; 1997… 140 000 montres ont été vendues ; 2000… les ventes annuelles continuent de baisser ; 2001… Louis-Eric Beckensteiner, nommé Directeur général de la YEMA SA dispose alors des pouvoirs lui permettant d’engager une étude de repositionnement de la marque ; 2002…YEMA distribue les montres DOLCE & GABANA, BREIL et NIKE ; 2003… les ventes annuelles baissent toujours. 85000 montres »

Les deux dernières phrases de cette citation sont à la fois révélatrices d’une perte d’identité de la marque (distribution des montres D&G, BREIL et NIKE), qui bascule vraiment dans l’univers « fashion », comme du constat d’échec et d’impuissance (« les ventes annuelles baissent toujours… »). Il ne parait donc pas exagéré de considérer qu’en 2003, YEMA est une marque en voie de disparition.

Souvenons-nous à cet instant qu’Henry Louis Belmont est décédé en 2002. Il a donc été le témoin de toutes ces années mouvementées et du déclin inexorable de l’entreprise qu’il a créée. Qu’il serait passionnant de connaître ses sentiments et sa propre analyse !

Une étude menée en 2003 confirme l’image floue de la marque auprès des consommateurs. YEMA fait alors appel à l’agence française CENTDEGRÉS[2]. Cette agence de design fondée en 1988 par David Nitclich et Elie Papiernik est spécialisées dans l’image de marque et l’identité visuelle[3]. Un important travail sur le design des montres est alors lancé, semble-t-il, pour redresser l’image de YEMA dans le cœur du public.

L’année suivante, Louis-Eric Beckensteiner rachète la marque à HATTORI/SEIKO pour un million d’euros grâce à un montage financier de type LBO[4] : il est suivi dans l’aventure par 25 anciens collaborateurs de YEMA SA. L’entreprise prend la forme d’une société par actions simplifiée au capital de 200 000 euros. La création de la nouvelle société est annoncée au JO du 29 mai 2008[5].

Louis-Eric Beckensteiner. Photo : Dossier de Presse 2008, Agence COGEPA

Le nom retenu pour la nouvelle société, YEMA Maison Horlogère Française 1948, caractérise la volonté de renouer avec l’histoire de la marque et la légitimité horlogère, par le choix des mots comme par l’évocation de la date de la fondation historique de l’entreprise.

Le retour de YEMA sous pavillon Français est salué par les media spécialisés tels que EUROPASTAR[6] ou Les Échos[7], qui soulignent les objectifs ambitieux affichés par le nouveau PDG : 50000 pièces vendues en 2005 avec une cible de 100 000 ventes et un chiffre d’affaire de 10 millions d’euros en 2008.

Pendant les 3 ans qui suivent la « jeune » entreprise s’efforce de maintenir sa présence dans les circuits de distribution et auprès du public. Forte sans doute des recommandations de l’agence CENTDEGRES, elle mène en parallèle un important travail de repositionnement de collection[8]sur trois axes Terre, Air, Mer, renouant avec l’univers technique et sportif qui a fait le succès de YEMA.

Le « retour aux sources » se traduit également par une prise de contact avec les collectionneurs pour retrouver les modèles historiques et emblématiques qui ont marqué l’histoire YEMA. Il s’agit sans doute aussi, à ce moment précis, d’établir des liens avec une communauté de « fans », susceptibles d’être des ambassadeurs de la marque auprès de leur proches ou sur les forums spécialisés. Un pique-nique de collectionneurs est même organisé en septembre 2008 dans les nouveaux locaux du parc Lafayette[9]. Le président Beckensteiner en a lui-même lancé l’invitation sur Forum à Montres ! [10]

Invitation de Louis-Eric Beckensteiner aux collectionneurs YEMA sur FORUMAMONTRES le 25/06/2008

Quelques échanges tendus par la suite sur le même forum mettent en évidence qu’il n’est jamais facile pour une marque de venir au contact de ses « fans » sur les réseaux sociaux. Souvent incontournables dans la quête du succès, ils sont par essence plus exigeants que la moyenne et peuvent devenir de redoutables détracteurs s’ils sont déçus dans leurs attentes…[11]

YEMA s’installe au 18 rue Lafayette, dans la ZAC du même nom. C’est aujourd’hui le Groupe Swatch et ses « filiales » Omega, Tissot et Longines qui sont répertoriés dans les annuaires à cette adresse, manifestement pour des opérations de SAV.

Le 18 rue Lafayette, 25000 Besançon – L’adresse de YEMA Maison Horlogère Française, désormais occupée par le groupe Swatch. Photo Batilou

La revue Montres de Luxe était invitée à l’inauguration des locaux. Son compte rendu évoque deux bâtiments fonctionnels et lumineux couvrant une surface de 1400 m2, dont 400 m2 dédiés au centre de logistique. C’est 1000 m2 de moins que l’usine de 1961 ! Il est assez amusant de constater que le compte rendu de la visite met surtout en avant les éléments d’architecture, de design et d’économie d’énergie du nouveau bâtiment, quand celui de 1961 valorisait les innovations technologiques et les conditions de production (voir Partie I, Henry-Louis Belmont, le destin d’un homme). Autres temps, autres mœurs. Détail cocasse qui fera sourire ceux qui sont passés devant le 18 rue Lafayette à cette époque : la grande horloge bleue qui ornait la façade affichait toujours la même heure. Il s’agissait d’une horloge…fictive. Un comble pour une société horlogère ![12] 

L’horloge figée du 18 rue Lafayette. Photo montres-de-luxe.com

Quelques sources nous éclairent sur la suite.

Tout d’abord une brève publiée dans le magazine eMarketing en décembre 2005 :

« Un an après son rachat par Louis-Eric Beckensteiner, YEMA Maison Horlogère Française 1948 s’attaque au marché chinois. La firme va en effet collaborer avec le leader de la distribution de marques horlogères de prestige, PEACEMARK Limited pour implanter ses collections dans 600 points de vente sur la Chine, Hong Kong, Macao et Taïwan. Avec 70 nouveaux modèles, YEMA espère ainsi séduire la population chinoise dont le pouvoir d’achat a augmenté de 9 % par an sur les deux dernières décennies et qui pourrait constituer le quart du marché mondial du luxe en 2015. »[13]

Cette volonté très vite affichée de conquérir le marché asiatique peut laisser penser que le nom choisi pour l’entreprise un an plus tôt était déjà fortement dicté par cette stratégie à venir, la légitimité horlogère et historique d’une marque française étant sans doute un bon argument de vente. Il n’est rien si nous nous référons aux Échos du 30 décembre 2005 relatant la signature du partenariat :

« Louis-Eric Beckensteiner, qui envisageait de développer l’export, a été contacté par le holding de Hong Kong (leader dans la distribution de marques de prestige) alors qu’il n’envisageait pas encore de se tourner vers le marché asiatique. « Pour moi, la Chine est un formidable levier. Ensuite, il y aura le Brésil », indique le PDG »[14]

Le grand retour de YEMA sur la scène horlogère est annoncé au salon de Bâle 2008, avec la présentation de la nouvelle collection « Time of Heroes » et l’édition d’une montre collector éditée à 60 exemplaires pour fêter l’anniversaire de la marque. La Master Element, animée par un Valjoux 7750, présente 3 lunettes graduées correspondant aux 3 univers de la collection : la Terre, l’Air, la Mer.

Hélas, le partenariat de rêve avec PEACEMARK ltd tourne rapidement au cauchemar. En août 2008, le cours de l’action PEACEMARK dévisse de 70% en une seule séance alors qu’aucun élément objectif ne semble pouvoir justifier une telle chute. Dans un article assez sévère, Grégory Pons évoque alors, sur le site Wolrdtempus.com, une stratégie de déstabilisation menée avec discrétion mais grande efficacité du côté de la Suisse. Citation de sa conclusion :

« Le résultat est là : les banquiers ayant pris peur face à la dégringolade boursière, la trésorerie du groupe PEACE MARK est asséchée. Toujours aussi sensibles au réflexe de Panurge, les traders ont joué à la baisse. La capacité d‘initiative des dirigeants du groupe est réduite à zéro et ses dirigeants sont nerveusement épuisés. Pas forcément inspirateurs de l‘opération, mais au moins profiteurs, les fonds prédateurs sont prêts à rafler pour une poignée de centimes le principal groupe horloger asiatique, qui leur aurait coûté dix fois plus cher il y a quelques mois.
Les Suisses se frottent les mains et se redonnent un peu de marge de manoeuvre et d‘autonomie stratégique face à leurs nouveaux concurrents internationaux. »[15]

Son hypothèse trouve néanmoins une contradiction quelques semaines plus tard, toujours sur Worldtempus.com, sous la plume de Michel Jeannot relatant le dépôt de bilan du géant asiatique au mois de septembre 2008 :

« Eu égard aux résultats en croissance qui ressortaient du dernier rapport annuel publié à fin juillet, d‘aucuns avaient vu une attaque concertée de grands groupes étrangers pour faire vaciller le titre en Bourse. C‘était leur accorder beaucoup de pouvoir dès lors que l‘action Peace Mark avait plongé de près de 90% depuis janvier. Cette hypothèse, flatteuse pour le groupe chinois, n‘a jamais pu être vérifiée, mais il apparaît aujourd’hui certain que les causes de la débâcle sont à chercher ailleurs. Certains évoquent des malversations du management, semblables à celles qui avaient emporté il y a un an le groupe EGANA, autre géant chinois sauvé in extremis une première fois mais qui serait à nouveau au bord du gouffre. »[16]

Pour YEMA Maison Horlogère Française 1948, c’est la catastrophe. PEACEMARK est son principal actionnaire. Le 18 novembre 2008, l’entreprise est placée en redressement judiciaire. Besançon est sous le choc. Voici le communiqué publié sur le site local macommune.info :

« Une nouvelle collection lancée à Bâle pour les 60 ans de la marque, des locaux tout neuf sur le parc Lafayette :  YEMA Besançon avait tout pour réussir ! Mais c’est sans compter sur les soubresauts de son actionnaire principal depuis 2006, le chinois PEACE MARK qui a absorbé une partie de la production durant l’été. Les dirigeants cherchent actuellement de nouveaux partenaires pour un projet de reprise durant les 6 mois de période d’observation accordée à l’entreprise. »[17]

Fin novembre, 15 salariés sur les 22 que compte alors l’entreprise reçoivent une lettre de licenciement.[18]

La vitesse de ce retournement qui réduit à néant les projets et ambitions du PDG, comme la situation douloureuse des salariés qui perdent leur emploi en quelques semaines, ne peuvent laisser indifférents.

Voici les propos que Louis-Eric Beckensteiner aurait tenus le 13 janvier 2009  dans un discours, ou plus vraisemblablement dans un courrier à en juger par le dernier paragraphe. (Cité sur yemaniavintage.  La source originale du texte n’est malheureusement pas précisée, ne permettant pas d’affirmer l’exactitude des propos rapportés)[19] :

Messieurs,
C’est avec beaucoup d’amertume que je vous annonce la fin d’un rêve qui par la force des choses s’arrête brutalement et contre notre volonté. J’ai racheté la société YEMA il y a plus de quatre ans maintenant et mon équipe surmotivée m’a suivi pour refaire de cette marque soixantenaire une marque horlogère française avec toutes ses valeurs. Ce travail a demandé une implication de notre part de tous les instants durant quatre ans. Pour cela, j’avais besoin d’un partenaire qui puisse m’épauler dans ce projet et j’ai choisi le groupe Peacemark Limited qui faisait partie du top 3 mondial des groupes horlogers internationaux. Tout s’est bien passé pendant deux ans et comme prévu nous étions prêts pour Bâle 2008 où nous avons présenté la collection Times of Heroes qui a remporté un très large succès auprès de nos clients et journalistes français qui nous ont exprimé leur satisfaction de voir la marque Yema exactement là où ils l’attendaient et également à l’export où nous avons ouvert 35 pays en distribution. L’après Bâle a également suivi notre plan de marche avec de nombreuses ouvertures de points de ventes prestigieux sur la France et de nombreux réassorts. Tout allait pour le mieux et nous nous préparions à vivre un des plus beaux semestres de notre jeune entreprise, pour en assurer les fondamentaux. Et voilà qu’à fin Août 2008, de manière aussi choquante que brutale, nous apprenons que notre partenaire, Peacemark, est en très grosse difficulté financière et que l’action est suspendue sur le marché de Hong-Kong. Les dirigeants de ce groupe se mettent aussitôt sous protection juridique, le 11 septembre 2008. Par conséquent, nous sommes livrés à nous-mêmes avec le point majeur qui nous a amené dans cette désastreuse situation, à savoir que les 30 000 montres attendues pour continuer à honorer nos commandes et que les usines Peacemark devaient nous livrer sur la période n’ont jamais été expédiées. Le délai minimum pour refaire les outillages et la production est de 6 mois, soit une situation de non-retour à ce jour pour notre entreprise.
Je me permets donc par la présente de vous remercier pour votre soutien et votre compréhension. Je vous présente bien évidemment toutes mes excuses pour tous les désagréments ou implications financières que cela aurait pu vous causer.
Louis-Eric BECKENSTEINER (Président)

La cessation d’activité de YEMA Maison Horlogère Française est enregistrée au journal officiel du 19 juillet 2009.[20]

L’aventure YEMA Maison Horlogère Française 1948 n’a duré que 5 ans, mais Louis-Eric Beckensteiner a présidé au destin de la marque pendant quatorze ans !

Le profil Linkedin de ce dernier nous apprend qu’il est aujourd’hui président de la société qu’il a fondée : L.E.B International.[21] 

Une époque, un style…

AMBRE : le temps de la renaissance ?

C’est un jugement du Tribunal de Besançon en date du 7 septembre 2016 qui entérine réellement la fin de YEMA Maison Horlogère Française et sa radiation du registre du Commerce[22]. Il est possible de visualiser sur le site du BODACC les dix publications aux JO illustrant les difficultés financières de l’entreprise durant cette longue période[23], que Philippe Sauter, conclura dans l’Est républicain du 16 septembre 2016 par ce titre : Yema, c’est vraiment fini[24]

Mais non, tout n’est pas fini.

Si l’entreprise a disparu, la marque demeure. Le groupe AMBRE a annoncé le 3 février 2009 avoir racheté la marque YEMA[25], dans le délai de 6 mois imposé par la procédure de redressement judiciaire de novembre 2008.

C’est alors Pascal Bole qui est PDG du groupe familial AMBRE, créé par ses parents. Il est très engagé pour la promotion de l’industrie horlogère française, notamment au sein de la CFHM (Chambre française de l’horlogerie et des micro techniques), devenue tout récemment France Horlogerie, industries du temps et des microtechniques[26], dont il est administrateur au sein du collège Montres[27]. Lors de l’acquisition, il a notamment expliqué : « Il ne s’agit pas du fonds de commerce, c’est une marque que nous voulons développer en rééditant des modèles vintage. Nous préparons une collection »[28]

Franck Minost a succédé à Pascal Bole au poste de PDG du groupe AMBRE, à l’issue du conseil d’administration du 30 juin 2017[29].

Voici la structure de direction du groupe AMBRE au 25 juillet 2018[30] :

Direction du groupe AMBRE au 25/07/2018 – source : extrait KBIS

AMBRE détient notamment les marques YEMA, YONGER et BRESSON, VICOMTE ARHUR et MORGAN[31]

Le groupe emploie une vingtaine de salariés à Morteau, 1 rue Fontaine l’Epine (où est également domicilié la marque YEMA), une cinquantaine à l’Ile Maurice, où se fournissent manifestement d’autres marques horlogères de renom[32], et une dizaine dans ses bureaux de Paris et Dubaï[33].

A l’issue du rachat de YEMA, AMBRE opte pour une stratégie de recentrage sur le métier d’horloger et confie la distribution des produits de la marque à un prestataire extérieur, la société TROISIEME SENS, créée en 2008 par Dominique Roger. Ce dernier, déjà fondateur de l’entreprise DOMINIQUE ROGER DIFFUSION en 2000, est un spécialiste de la distribution. Il possède, ainsi qu’il le dit lui-même, « la culture du savoir-faire et de le faire bien savoir »[34] et a pour mission de développer un réseau de distribution propre à YEMA. » L’équipe de TROISIEME SENS se compose de « deux forces de vente (ayant) chacune quatre commerciaux encadrés par un directeur des ventes. L’objectif étant de respecter l’image de la marque tout en apportant aux revendeurs la satisfaction de bonnes rotations », explique YEMA ».[35] Dans son article YEMA, les temps changent dans L’Est Républicain du 01/08/2008, Joël Mamet, laisse toutefois entendre, et c’est compréhensible, que cette décision ne se fait pas sans inquiétude du côté des collaborateurs. Il précise en effet que le distributeur va s’installer au sein même des locaux de YEMA et ne reprendra qu’une partie des salariés.[36] Le partenariat avec Dominique Roger donne lieu à la création de DRD-Ambre France. Il cessera toutefois environ quatre ans plus tard à la suite d’un désaccord stratégique avec les actionnaires[37]. Aujourd’hui, YEMA est notamment distribué par TWC (The Watches Connection)[38] mais marque aussi son retour dans le circuit spécialisé des Horlogers Bijoutiers Joailliers (HBJO), ce qui est de très bon augure.

Le groupe affiche son dynamisme en présentant au salon de Bâle 2011 son mouvement automatique « Ambre MBP », dont les composants sont chinois, mais dont la conception et l’assemblage sont effectués en France[39]. La mise au point de ce mouvement, pilotée par Jean-Paul Boillot, directeur de la fabrication du groupe AMBRE, a demandé deux ans de travail[40]. Ce mouvement est décliné en trois version, MBP 1000 (trois aiguilles, date à 6h00), MBP 1010 (deux aiguilles, petite seconde, date à 6h00), MBP 1030 (trois aiguilles, date à 3h00)[41]. Il est utilisé en particulier pour la construction des montres YONGER et BRESSON. Plus récemment, une montre connectée a été présentée au salon de 2016[42].

Ce salon de 2016 clôt le retour dans l’histoire passée de YEMA. Nous entrons de plein pied dans l’actualité. Le groupe AMBRE cherche aujourd’hui à renouer avec le succès du passé. Il lui faut pour cela retrouver l’identité forte de la marque. C’est de toute évidence dans cette logique qu’il noue par exemple des partenariats sportifs, dans le domaine de l’espace, de la voile et de l’automobile. Voilà pour l’image. Mais le succès se jouera aussi sur les critères de la qualité et de la fiabilité des montres, dans le bon rapport qualité/prix pour des acheteurs de plus en plus exigeants.

Reste à trouver la bonne formule qui conduira au succès.

Depuis 2016, 3 versions successives de Superman, l’une des montres qui ont fait la légende, ont été proposées au public. La première, trop éloignée des codes d’origine a été vivement critiquée et s’est très vite retrouvée dans les ventes privées. La seconde, disposant d’une version automatique équipée du mouvement Ambre MBP1000, a marqué un net progrès, même si elle n’a pas totalement convaincu. Elle semble cependant trouver son public et peut encore facilement s’acquérir sur le site de la marque à l’heure où ces lignes sont écrites. Une série limitée de ce modèle a été réalisée en partenariat avec l’armée de l’air. La troisième, animée par un calibre ETA 2824, est le premier modèle de la nouvelle collection Héritage. Elle est très réussie. En témoigne la rupture de stock rapide des 500 modèles numérotés de la première série. Cette Superman suscite des débats passionnés dans le petit monde des fans et collectionneurs de la marque, signe que la vérité n’est sans doute pas loin. Une seconde série bénéficiant d’amélioration sur la matière luminescente des aiguilles est déjà lancée. Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à lire la revue que Batilou a consacré à cette montre[43].

Superman Heritage. Première série, numérotée 1 à 500. Photo Batilou

La nouvelle collection Héritage, avec des montres très proches des modèles d’origine, animées par des mouvements suisses, est clairement la tentative de retour aux sources annoncée par Pascal Bole. Elle doit comprendre, outre la Superman, des rééditions des chronographes Rallygraf, Flygraf et Yachtingraf[44]

Le contexte actuel du marché horloger est utra concurrentiel, tant pour la création horlogère que pour la distribution, avec des initiatives et des modèles de ruptures dont il est impossible de prédire l’avenir. Relancer aujourd’hui une marque horlogère française populaire est de toute évidence un défi très ambitieux. En témoigne le très instructif journal Télévisé de France 3, Edition régionale La voix est libre, du 13 juin 2015 au cours duquel Philippe Bérard, président du groupe SMB qui a repris la marque LIP – en signant cette même année avec MGH (Manufacture Générale Horlogère) un contrat de sous-licence exclusif des modèles historiques et de designer de la marque[45]– expose très clairement les enjeux économiques et la réalité industrielle de son activité dans le contexte d’aujourd’hui.[46]

Souhaitons que la collection Héritage permette au groupe AMBRE d’affiner ses choix techniques, sa stratégie de création, de positionnement, de production et de distribution, mais surtout qu’elle rencontre le succès commercial, signant ainsi vraiment une renaissance de la marque YEMA !

Conclusion

LIP, DODANE, PEQUIGNET, MICHEL HERBELIN, BELL & ROSS, RICHARD MILLE, BALTIC… l’horlogerie française résonne encore de jolis noms, historiques ou plus récents, avec des stratégies et des positionnements très variés. Dans tous les cas, ces entreprises luttent pour s’adapter à la concurrence mondiale et aux évolutions du marché. Avec des succès et des échecs.

A chaque période de son histoire, souvent difficile, la marque YEMA a suscité l’engagement d’hommes et de femmes passionnés qui ont pris des risques pour conserver vivant ce patrimoine de l’horlogerie française et bisontine. C’est encore le cas avec les dirigeants du groupe AMBRE. C’est dire à quel point cette marque conserve son pouvoir d’attraction et de séduction.

Chaque époque a vu émerger une ou plusieurs montres emblématiques encore recherchées des collectionneurs. Elles tissent le fil d’Ariane de la saga YEMA : Superman, Yachtingraf, Flygraf… mais aussi Bi-pôle, Spationaute, Seaspider, Master Element. Quel sera le modèle qui fera rester le groupe AMBRE dans cette histoire ?

Pour conclure, citons Joëlle Mauerhan, ancienne Directrice du musée du temps de Besançon, interrogée lors du JT de France 3 Edition régionale consacré la reprise de LIP par SMB, à propos du patrimoine historique de la marque : « Il faut être fidèle mais en même temps faire attention au poids énorme que ça va être. Euh, peut-être, par moment, l’oublier, pour arriver à avancer sans ployer sous le poids de l’Histoire. Ça se sent beaucoup en Suisse, où les horlogers sont tout le temps en train de ressortir l’Histoire, quitte à d’ailleurs l’aménager pour leurs besoins. Il y a des moments où on a envie de dire « Mais enfin, allons de l’avant ! »[47]

Achevé le 31 août 2018. R.C. alias Jerry

 

[1] Dossier de Presse « Yema, Maison Horlogère Française 1948 » – Agence COGEPA – 2008, p.13 – Retour
[2] Les montres YEMA redeviennent 100% françaises, Monique Clemens, Les Echos, 06/12/2004 Retour
[3] De nouveaux Horizons pour l’agence française Cent Degrés. Marguerite Laforce. Les Échos. 20/08/1998 – Site officiel de l’agence Cendegrés – Retour
[4] YEMA, surprise pour les soixante ans de la marque, Worldtempus. Voir également Les principes du LBO sur le site service-public.fr – Retour
[5] Annonce n°1436 Bodacc B n°20080091 publié le 29/05/2008 Retour
[6] Yema rediscovers its independance,  europastar.com, septembre 2005 – Retour
[7] Les montres YEMA redeviennent 100% françaises – Monique Clemens – Les Échos – 06/12/2004 – Retour
[8] YEMA Surprise pour les 60 ans de la marque.Worldtempus.com – Retour
[9] Pique-nique YEMA, plus de 50 personnes pour cette première édition !, montres-de-luxe.com, 19/09/2008 – Retour
[10] Message d’invitation de Louis-Eric Beckensteiner sur Forum à Montres (FAM), 24/06/2008 – Retour
[11] Liste des messages échangés par Louis-Eric Beckensteiner avec les membres de forumamontres entre le 16 juin et le 27 octobre 2008 – Retour
[12] YEMA emménage dans ses nouveaux locaux à Besançon, montres-de-luxe.com, 26/06/2008 – Retour
[13] La marque horlogère YEMA veut conquérir la Chine – Iliona Viornery – eMarketing.fr 07/12/2005 – Retour
[14] L’horloger français Yema distribue en asie, Monique Clemens, Les Echos, 30/12/2005 – Retour
[15] Qui veut la peau du groupe Peacemark ? Gregory PONS – 28/08/2008 – worldtempus.com – Retour
[16] Le géant Peacemark est tombé – Michel Jeannot – Worldtempus.fr – 12/09/2008 – Retour
[17]  Horlogerie : YEMA en redressement judiciairemaCommune.info, 18/11/2008 http://www.macommune.info/article/horlogerie-yema-en-redressement-judiciaire/Retour
[18] YEMA : 15 licenciements sur 22 employés, BESAC, 03/12/2008 https://www.besac.com/actualite- Retour
[19] Discours de Louis-Eric Beckensteiner. Cité sur yemaniavintage.  La source originale du texte n’est malheureusement pas précisée, ne permettant pas d’affirmer l’exactitude des propos rapportés – Retour
[20] Annonce N°985 du BODACC « B » n°20090132 publié le 12/07/2009Retour
[21] Profil Linkedin de Louis-Eric Beckensteiner – Retour
[22] Annonce N°936 du Bodacc B n°20160187 publié le 23/09/2016Retour
[23] Il suffit pour cela de saisir le numéro RCS de YEMA Maison Horlogère Française, N° 479 127 730 RCS Besançon sur le site http://www.bodacc.frRetour
[24]  YEMA, c’est vraiment fini. Philippe Sauter, L’EST Républicain, 27/09/2016 In La Semaine Économique Comtoise N°1216 du 21 septembre au 4 octobre 2016. p.2 Une reproduction de l’article, peut être trouvée dans un message de ChP du 27/09/2016 sur le forum horlogerie-suisse.com – Retour
[25] Le Groupe Ambre rachète les montres YEMA – La Tribune – 03/02/2009 – Retour
[26] La chambre de française l’horlogerie délocalise son AG au musée – L’EST républicain – 22 juillet 2018 – – Retour
[27] Présentation du conseil d’administration de France Horlogerie. Il faut chercher la rubrique Organisation pour accéder au « pop up » de présentation des membres – Retour
[28] YEMA, c’est vraiment fini. Philippe Sauter, L’EST Républicain, 27/09/2016 In La Semaine Économique Comtoise N°1216 du 21 septembre au 4 octobre 2016. p.2 Une reproduction de l’article, peut être trouvée dans un message de ChP du 27/09/2016 sur le forum horlogerie-suisse.com – Retour
[29] Liste des annonces légales pour Montres Ambres SA sur Actulegale.fr – Retour
[30] Extrait Kbis Montres Ambre SA au 25 juillet 2018 – Greffe du Tribunal de Commerce de Besançon – Retour
[31] Source CFHM. Présentation des Fabricants et marques adhérents – Retour
[32] voir les articles Maurice, l’industrie horlogère mauricienne à l’heure de la croissance, sur le site Indian-Ocean-Times et Dans l’horlogerie, Le label Suisse-made manque de précision, de Silke Koltrovitz du 06/12/2017 (Reuters) Retour
[33] Deux offres de reprise pour les montres Pequignet de Morteau – Isabelle Brunarius – 22/02/17 – France 3 Bourgogne Franche Comté – Retour
[34] Portrait Dominique ROGER, Président Directeur général et Actionnaire MRC , Florence Gremaud, Le bijoutier international, 18/10/2016. Les propos tenus par Dominique ROGER dans ce portrait peuvent laisser penser que le partenariat avec Ambre/Yema a été remis en question. – Retour
[35] YEMA confie sa commercialisation à une société extérieure – Julie Mangaud – 01/09/2008 – Fashion Network – Retour
[36] YEMA, les temps changent, Joël Mamet, L’EST Républicain 01/08/2008 Article reproduit dans le message de ChP Yema , c’est le moment d’en parler, du 20/11/2008 sur Forum-Horlogerie-suisse.com – Retour
[37] Portrait de Dominique Roger, Président Directeur général et Actionnaire MRCFlorence Gremaud, Le Bijoutier International, 26/10/2018 – Retour
[38] Site officiel du groupe TWC The Watches Connection – Retour
[39] Dans le mouvement à Bâle ; les horlogers comtois s’intéressent toujours plus au cœur de la montre – Michèle Yahyaou – 01/04/2011 – L’EST Républicain – Retour
[40] Younger et Bresson dans la cour des grands, L’officiel de l’horlogerie, 25/05/2011 – Retour
[41] Made in France, les montres Yonger et Bresson automatiques, BloginMotion – Retour
[42] Carnet de Bâle ; Ambre se connecte , L’EST Républicain, 18/03/2016 – Retour
[43] Yema Superman Heritage, la revue. Par Batilou pour Le Club Yema – Retour
[44] La collection Héritage sur le site officiel YEMA – Retour
[45] SMB va refaire des montres LIP à Besançon, Monique Clemens, 22/04/2015,  TRACES ECRITES News – Retour
[46] Montres LIP, le grand retour à Besançon. France 3 Edition régionale du 13 juin 2015. Youtube – Retour
[47] Montres LIP, le grand retour à Besançon. France 3 Edition régionale du 13 juin 2015. Youtube – Retour